lundi 1 octobre 2018

Le continent africain en dix heures (2018)



Introduction./ 
  1. Immensité (carte ci-dessus) Le continent s'étend sur une superficie trois fois plus importante que l'Europe (30,4 millions de km² contre 10,2). On peut faire rentrer la Chine, l'Inde, les Etats-Unis, le Japon et une bonne partie de l'Europe occidentale (carte-montage).  
  2. Jeunesse. Les Africains  sont en moyenne plus jeunes mais moins nombreux que les Chinois : 1,22 milliards d'habitants. L'âge médian ne dépassait pas 20 ans en 2012. Dans le centre du continent noir - Afrique de l'Ouest et centrale - les deux tiers des habitants n'ont pas 25 ans (défis).
  3. Densité faible sur les trois quarts de la surface. Le doublement de la population continentale - annoncé pour 2050 - fera que l'Afrique rejoindra l'Europe (73 hab/km²) en terme de densité (40 => 80 hab/km²). Son quadruplement rapprocherait l'Afrique de la situation de la Chine (136), loin derrière l'Inde (394)
  4. Francophonie utile sur un continent marqué par la fragmentation linguistique (carte). Langue officielle dans une vingtaine d'Etats africains, officieuse dans de nombreux autres (carte).

1/10 Le Sahel : environnement et géopolitique
  • Le bassin-versant du Niger (atlas) est le plus vaste de la bande sahélienne, à l'exception du Nil (carte) qui la traverse avant d'atteindre le Sahara (carte). Le fleuve qui prend naissance dans le Fouta-Djalon mesure 4.200 km et connaît un régime pluvial de type tropical : avec une alternance bisannuelle, liée aux fluctuations de la zone de convergence intertropicale (lien).
  • Recul de la savane claire.
    • Une abondance relative de la pluviométrie (carte). L'aridité accentuée par l'homme :
      • Outre l'alternance entre saison sèche et saison des pluies, on observe une récurrence des périodes pluri-annuelles (pluvieuses, ou au contraire, de déficit). Exemple dans le sud-ouest de la Mauritanie (lien).
      • Le sur-pâturage (lien) et la sur-culture dans un contexte d'érosion des sols (diapos)
    • Appauvrissement des sols et mécanismes d'érosion 
      • Les trois paramètres sont les pluies violentes, l'ensoleillement et le troisième qui résulte des deux précédents : impact du vent (lien)
      • Aridification (diminution des précipitations) et mauvaises pratiques agricoles : lessivage, concentration en sels (= acidification) et surexploitation basée sur des plantes mal adaptées.
    • Economiser le bois de construction : voûte nubienne (lien)
  • Intégration économique en marche
    • La culture du mil - plante présente à l'état sauvage dans le Sahara - a connu un développement au cours du IIème millénaire av.J.-C., parce que les précipitations diminuaient et que le Sahel s'asséchait. Le pb. est que l'aridité s'est accélérée en quelques décennies (lien)
    • L'extraction des matières premières… 
      • L'uranium du Niger (lien) : dans l'Aïr (carte), la bénédiction s'est transformée en malédiction… Corruption, effet d'aubaine pour la main d'oeuvre, perte des pâturages et pollution éolienne (lien). 
      • Le boom de l'or s'avère une activité de substitution depuis le début des années 2010 (lien).
    • Que fait l'armée française au Sahel ? (lien
  • Eleveurs et cultivateurs, ex-ruraux et néo-littoralisés
    • L'empire du Mali (carte). Le commerce croisé du sel et de l'or (lien) raconté par Ibn Battuta… Peuples transfrontaliers et conflits anciens (lien
    • Les routes du commerce jusqu'au XIXème siècle utilisent les dromadaires pour faire transiter esclaves et matières premières : l'itinéraire des caravanes de l'Azalaï permet de mieux comprendre les routes nouvelles utilisées par les migrants contemporains (lien).
    • Les nouveaux territoires du peuplement africain..


2/10 Le golfe de Guinée entre francophones et anglophones.
  • Intro. sur le géant démographique de l'Afrique : le Nigéria (lien et projection
    • Chimamanda Ngozi Adichie (biographie), auteure de l'Afrique littorale et des liens atlantiques; intellectuelle ayant réfléchi sur la guerre civile. 
  • Les stigmates de la guerre civile 
    • "L'autre moitié du soleil" (lien) décrit l'un des grands conflits africains du XXème siècle : la guerre du Biafra est aujourd'hui oubliée ailleurs qu'en Afrique de l'Ouest (carte)…
    • Il y a cinquante ans, le bilan du conflit - en particulier à cause des bombardements de l'armée nigériane - s'aggrave du fait de la famine (lien). Le colonel Ojukwu meurt en 2011 (lien). 
    • Années 2000. Le spectre de la guerre civile revient avec Boko Haram et des éléments radicalisés transfrontaliers - éleveurs Haoussa (carte) - qui suivent un prêcheur fondamentaliste, Yussuf (lien)
  • Littoralisation accélérée (carte de la métropolisation africaine en 2007). Le marasme des années 80-2000 a laissé place à une forte croissance économique (lien)   
    • La croissance économique du port de Cotonou doit être rapprochée historiquement de celle d'Abidjan (lien), avec un bénéfice tiré de la guerre civile en Côte d'Ivoire et l'installation dans les années 2000 des grands groupes privés (lien).
    • Explosion urbaine à Lagos : exode rural massif (500.000 arrivées annuelles au cours de la dernière décennie), développement des activités, progression rapide de l'urbanisation (lien) et encombrements multiples dans une métropole dépourvue de métro (lien).
  • Les cultures d'exportation 
    • A l'instar du Ghana voisin (et en lien avec le café), la Côte d'Ivoire dispose d'un organisme gouvernemental - le Conseil Café Cacao - qui vise à réguler le marché du cacao en fixant les prix. Les deux premiers producteurs mondiaux cherchent toujours à imposer un oligopole (lien)
    • Dans le secteur de la banane, la concurrence est plus forte, car les producteurs sont plus nombreux : Côte d'Ivoire, Cameroun pour les plus importants. Les pays d'Afrique de l'Ouest subissent la montée en puissance des Latino-américains et doivent craindre les évolutions du marché européen : Brexit et fin des soutiens au développement (lien).
    • Pour les autres produits, on constate partout la primauté des petites exploitations traditionnelles qui ne laissent espérer aucun gain de productivité (lien). Quant à la préoccupation d'une exploitation durable des ressources, les progrès sont lents (lien). 
  • Problématiques pétrolières. L'avenir du secteur tertiaire 
    • Sécurité des plate-formes : contrebande et terrorisme (lien)
    • Poids des hydrocarbures dans l'économie nigériane (lien)
    • Développement du tourisme - intégration au monde occidental - ou montée en puissance du fondamentalisme religieux. Dans cet article pointe l'hypothèse d'une guerre civile sur la base des dissentions entre courants musulmans. 

3/10 L'Afrique des Grands Lacs
  • A la tête de l'OIF depuis octobre 2018 (Organisation Internationale de la Francophonie) une ministre rwandaise :  Louis Mushikiwabo (biographie).
    • La spécificité de l'Afrique sous l'autorité théorique du roi des Belges, en coupe réglée par des société privées exploitant les matières premières sans scrupules ni investissements, avec des effets à long terme (lien) : pour maintenir l'ordre est créée une milice privée, la Force Publique (lien)...
    • Le roman Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad (lien) trouve un écho inattendu dans Le rêve du Celte de Mario Vargas Llosa, histoire d'un personnage ayant réellement existé : Roger Casement (lien)
  • De Mobutu à Kagamé.
    • Histoire post-coloniale... 25 novembre 1965, coup d'Etat à Kinshasa (lien). Amin Dada porté à l'écran : le dernier roi d'Ecosse histoire (film)
    • Génocide rwandais (carte), baptême sanglant du nouveau pouvoir à Kigali (chronologie).
  • Le développement économique intégré : cobalt et coltan montrent que le pouvoir - en RDC - s'appuie sur l'exploitation des matières premières (lien)
  • Kinshasa, métropole de 10 millions d'habitants (lien) devenue première ville-monde francophone (lien).
  • Le bassin-versant du Congo 

4/10 L'Afrique orientale, face à l'océan Indien
  • Histoire littorale
    • Expansion de l'Islam
    • Communautés indiennes (Zanzibar et Maurice)
  • Corne de l'Afrique et le non-Etat du Somalie.
  • Nairobi et l'expansion économique du Kenya
  • Nature et parcs naturels. Questions de sécurité et lutte contre le braconnage
5/10  Afrique australe : 
  • Une guerre civile contemporaine (Boers), 
  • la sortie de l'apartheid et le devenir des townships (Johannesburg-Pretoria). 
  • Deux Etats lusophones : comment sortir de la guerre ? 
  • Une île-Etat francophone : Madagascar…



mercredi 20 décembre 2017

Cours ESM 3 / Géographie des conflits






Introduction :
  • La géographie : les hommes et le terrain.
  • La guerre et les conflits : Lexique.
  • L'actualité
Bibliographie : Géographie des conflits armés et des violences politiques de Stéphane Rosière (Ellipses / 2011)

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PREMIERE PARTIE. Les hommes et le terrain. De la guerre conventionnelle à la guerre révolutionnaire
  • A/ Déplacer une (des) armée(s) L'étirement logistique (= facteur transport) et la fin des empires.
    • a. En Méditerranée : climat, montagne et désert. 
      • La Deuxième guerre punique (carte et lien
      • ... et la campagne de Libye (lien).
    • b. En Europe centrale et orientale : immensités incontrôlables et climat continental 
    • c. Les empires morts-nés parce que trop vastes (depuis l'antiquité grecque). 
      • La Nouvelle-France, de l'embouchure du Saint-Laurent au delta du Mississippi (via l'Atlantique, carte), disparue en 1763
      • L'extrême-Orient russe et la Sibérie (carte) aujourd'hui sous la pression démographique chinoise.
  • B/ Faire la guerre outre-mer (ou désert). Les corps expéditionnaires et la négligence de la géographie.
    • a. Franchir des mers avant la Révolution industrielle : 
      • désastres de l'expédition d'Egypte (lien) et du débarquement à Saint-Domingue,
      • ... mais guerre de Crimée (lien).
    • b. Dans les guerres mondiales
      • désastre de Gallipoli (carte) pourtant fondateur des nations australienne et néo-zélandaises 
      • Comparaison. Ouverture finalement décevante du front italien (lien) contre ouverture indécise du front de l'Ouest (Normandie).
    • c. Afghanistan : de l'invasion soviétique - outre déserts d'Asie centrale - (lien) aux opérations américaines (officiellement maintenues
  • C/ Faire la guerre derrière le front. Les civils rabaissés au rang de bétail dans une stratégie uniquement territoriale
    • a. Vers l'URSS, à l'arrière de l'avancée de la Wehrmacht.
      • Pour Hitler, élargir l'espace vital du Reich s'accompagne d'une haine à l'encontre des Slaves - au mieux - bons à être réduits à l'état d'esclaves (lien). Qu'importe Vlassov
      • ... Dès lors, rien ne s'oppose à la solution finale, anéantissement des populations juives d'Europe centrale et orientale : le 29 janvier 1942, conférence de Wannsee. 
    • b. En Chine occupée par l'armée japonaise. 
      • La Corée, la Mandchourie après 1931. Un projet colonial brutal, basé sur l'exploitation des matières premières et l'asservissement des populations occupées (lien et carte).
      • La fuite en avant de 1937 : bombardement de Shanghai, massacres de Nankin et vaines tentatives pour obtenir une victoire décisive face aux Nationalistes
  • D/ Faire la guerre sans armées professionnelles. 
    • a. Peuples en armes, ou révolutions bourgeoises ?
      • Les Insurgents. L'Amérique brandissant la flamme de la Liberté contre la métropole taxatrice...
        • Aide militaire française soutenue par une opinion publique revancharde (lien)
        • Au XIXème siècle, les combattants de la Liberté ne suscitent pas l'enthousiasme des Latino-américains : Narciso Lopez et William Walker
      • La Convention révolutionnaire et la guerre à l'Europe :
        • 1793. La Vendée militaire, Lyon Ville-affranchie (octobre) et le port de Toulon assiégé (décembre)  
        • Les peuples en révolteface aux occupants : L'Espagne en guérilla ou le Tyrol (1809) 
      • L'Ordre triomphant du Printemps des peuples (lien
        • Les nationalismes néo-passéiste (Grèce et Italie), anti-impérialiste (Pologne) et/ou révolutionnaire (Paris 1871); la naissance de l'agitation professionnelle dans la ville industrielle.
        • Les peuples informés par la presse, instruits et militarisés par l'Etat, mobilisables grâce aux nouvelles infrastructures de transport. De 1870 à 1914.
    • b. L'avant-garde du prolétariat après le coup d'Etat bolchévique. La révolution par des professionnels
      • Le nationalisme soviétique
        • La question nationale, vue par Lénine en 1922 (lien).
        • L'idéologie grand-Russe, par Staline
      • L'internationalisme, illusion avortée
        • La fin du Komintern, l'assassinat de Trotsky et la guerre en Espagne.
        • Les peuples fautifs en 1944 et le dvt d'un antisémitisme d'Etat avant 1953
        • L'occupation de l'Europe de l'Est des peuples libérés. Budapest (en 1956) et Prague (en 1968) en subissent les conséquences
    • c. Décolonisations, libération ambiguë et développement agraire
      • Le nationalisme à l'échelle du Tiers monde.
        • En Asie : Hindous contre musulmans (partition Inde/Pakistan), massacres de masse en 1965 en Indonésie 
        • Dans le monde arabe... 
          • Le nasserisme : modernisation et revanche des fellahs sur les Britanniques (Suez) et les mécréants d'Alexandrie (lien)
          • Le cas du FLN algérien : révolution socialiste mais emprunte de religion musulmane, crise de la transition ratée en dominion (WWI)
          • Le mouvement de libération nationale (palestinien) porté par le Fatah
      • Mercenariat révolutionnaire
        • Le mouvement garibaldien construit un pays, avec ses chemises rouges (non sans soubresauts)
        • ... Les foyers castristes en déstructurent plusieurs autres : en particulier en Angola
      • Paysannerie triomphante (et obscurantisme anti-urbain)
        • Le Grand bond en avant (et ses conséquences dramatiques) en Chine
        • Le Kampuchea démocratique (et génocidaire) des Khmers rouges
*

DEUXIEME PARTIE. La guerre sans éclairs. Les compartiments de terrain (hors ciel et mer) - schéma -
  • A. Frontières naturelles / frontières artificielles. Constructions cartographiques
    • a.Littoraux fermés/ouverts : transgression en cours (lien) ! Il y a 20.000 ans, le niveau marin se situait à - 130 m (carte)
      • Les côtes à falaises peuvent être formées par : 
        • ... des couches sédimentaires monoclinales (lien) : exemple à Etretat
        • Un massif montagneux littoral, ancien (exemple dans l'Estérel) ou récent : relief plissé des Apennins italiens (cartes)
        • Un écoulement volcanique : Hawaï ou la Réunion. 
      • Dans le prolongement de leurs plateaux continentaux, les littoraux bas sableux/marécageux sont soumis aux pressions extérieures, dans un contexte d'urbanisation/fossilisation des cordons dunaires...
        • Tempêtes hivernales, comme Xynthia
        • Tsunamis en Méditerranée (risque évalué en temps réel au Cenalt)
      • Polderisation. En Flandres, les alluvions s'ajoutent aux sédiments pour faire (= en sens inverse) avancer le littoral depuis le haut Moyen-Âge (carte) jusqu'à aujourd'hui (carte).
        • Processus naturel accompagné par les sociétés littorales, aux Pays-Bas (lien) ex-Provinces Unies, rebelles à l'ordre impérial des Habsbourg. Résistants aux armées de Louis XIV (lien)
        • En 1915, la deuxième bataille d'Ypres est l'occasion pour les Allemands d'utiliser les gaz de combat, et pour les troupes canadiennes, d'intervenir (lien)
    • b. Plateaux, cuestas et leurs massifs anciens périphériques : les bassins sédimentaires (carte) se constituent au cours des trois dernières ères géologiques : depuis la disparition de la Pangée il y a 251 millions d'années (lien). 
      • L'empilement des couches sédimentaires coïncide avec l'accumulation dans les points les plus bas d'hydrocarbures. Exemple au Canada mais pas en France
      • Erosion différenciée en fonction de la transformation des conditions climatiques (froid/chaud ou sec/humide). 
        • Le réseau hydrographique s'encaisse, en contre-bas (> 50 m) : plateau / Rocamadour)
        • Les côtes - ou cuestas - se détachent en avant (lien). En septembre 1915, Joffre échoue en Champagne et dans l'Artois, face au dispositif allemand installé sur les contre-pentes, les points hauts et des positions +/- enterrées (lien).
      •  Dominant les bassins sédimentaires, les massifs anciens dominent et protègent (faiblement).
        • Les Vosges sur la ligne de front pendant la Première guerre mondiale : Le Hartmannswillerkopf (lien).
        • Les Ardennes percés en mai 1940. Prétexte à une contre-offensive vaine de la Wehrmacht (lien
        • Réduit breton (lien) contre Massif Central...
    • c. Cours d'eau (= coupures humides)
      • Vallées. Définies de la source à l'embouchure, ou d'une berge à l'autre (lien
        • Le Rhin, fleuve allemand mais aussi frontière militaire depuis Louis XIV - construction du système fortifié de Neuf-Brisach (lien) - jusqu'au Consulat (lien).
        • Le franchissement est une mission importante du génie (lien)
      • Estuaires et autres embouchures
        • Deltas et fjords, formes spécifiques.
        • Evolution géo-économique et stratégique liée à l'augmentation de la taille des navires. Disparition des ports de fond d'estuaire et développement des avants-ports...
    • d. Les forêts. Ecosystème et théâtre d'opération
      • Un écosystème souvent modifié par l'homme (carte) longtemps réputé offrir un refuge
        • Forêt primaire (schéma) - selva - contre forêt secondaire (lexique)
        • La forêt amazonienne au cœur du projet géopolitique brésilien
          • Les seringueiros, propagateurs du portugais dans le bassin fluvial, repoussant les frontières de l'Amérique hispanique, avant le dvt des plantations d'hévéa (lien).
          • L'exploitation du latex par des compagnies privées européennes - armées - est un point commun entre Amazonie et bassin du Congo, Joseph Conrad et Roger Casement (lien)
          • En Amazonie déforestée, la guerre entre utilisateurs de la terre (carte)
      • Obstacle à la mobilité. Pendant les deux guerres mondiales...
        • En Europe continentale (WWI). La bataille des Carpathes (lien) dans le massif forestier
        • En Asie (WWII et guerre froide) : une guerre dans la jungle (lien) pour le contrôle de la Malaisie (carte) avant la chute de Singapour (lien).
    • e. Barrières montagneuses, limes, murailles, lignes fortifiées et murs
      • Les barrières naturelles forcent - en cas de guerre - la concentration sur quelques axes de circulation...
        • La Suisse, illustration d'une nation longtemps dynamique au plan démographique, adossée au massif alpin (lien), jusqu'à l'invasion évitée en 1940 (lien) ?
        • En juin 1940, l'offensive lancée dans les vallées alpines sur les positions fortifiées françaises (carte) par l'armée italienne est un échec. Quelles options Mussolini avait-il ? (lien
      • Les constructions artificielles épuisent financièrement les Etats et forcent aux opérations de contournement...
        • Du limes romain (carte / video) aux murailles de Chine dressées face aux peuples des steppes (carte / lien)
        • Une stratégie sous-tendait la construction de la ligne Maginot (carte / lien)
  • B. La guerre en ville (poliorcétique)
    • a. La ville dense dans une stratégie offensive
      • Le siège à l'heure de la guerre moderne...
        • De Saragosse (lien) à la reprise de Falloujah (lien).
        • Les batailles urbaines du front russe (WWII)
          • Le siège de Leningrad engage la région métropolitaine (sept. 41- janvier 44 / lien) et l'alliée de l'Allemagne nazie : la Finlande (carte)
          • La reconquête de Stalingrad à partir de la coupure de la Volga, en direction des alliés latins (novembre 1942 / lien
      • Rétablir l'ordre dans une ville révolutionnaire.
        • Bordeaux en marge de la Fronde, la révolte municipale de l'Ormée (1651-53 / lien) aboutit à la construction du château Trompette (lien). 
        • Alger (1957). Ville révolutionnaire prise dans la tourmente de la guerre d'Algérie en devenant un objectif pour le FLN (lien et plan / source) avant les journées de mai 1958.
        • Pékin (1989) redevenue capitale avec Mao, lieu de toutes les manifestations de Gardes rouges pendant la Révolution culturelle (lien et plan
    • b. La ville étalée dans une stratégie défensive
      • L'usage du train (avant celui de la voiture) amène à une croissance rapide des surfaces urbanisées, par extension des distances entre domicile et lieu de travaille, qui bouleverse l'art de faire la guerre.
        • En 1918, la réponse française aux menaces sur de Paris (lien
        • Nécessité de reconstruire des villes détruites et optimisme utopique des cités-jardins (lien)
        • Pendant la deuxième guerre mondiale, l'ampleur des bombardements aériens force les urbanistes à repenser la ville en tant que cible militaire, aux Etats-Unis.
      • Le cas d'Israël et de l'étalement littoral de l'agglomération de Tel-Aviv. Sdérot à proximité de Gaza (lien
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TROISIEME PARTIE. La face obscure des conflits
  • A. L'espace létal. Isoler et enfermer l'ennemi...
    • a. Du cloisonnement jusqu'à l'explosion de violence.
      • Ghettos nés après celui de Venise à la Renaissance (lien)
      • Pogroms, un fléau apparu après l'assassinat du tsar Alexandre II (lien)
      • Les émeutes de Los Angeles (avril-mai 1992) : des quartiers noirs jusqu'à la confrontation avec les commerçants asiatiques (lien); des forces de l'ordre au couvre-feu et à l'intervention de la Garde nationale (video).  
    • b. Camps d'internement et territoires sous armée d'occupation. Montée en puissance jusqu'à l'occultation du fonctionnement civil
      • Les pontons de la Révolution et de l'Empire issus des pratiques navales : marines anglaise et française au XVIIIème (lien)
      • De la guerre de Sécession à la guerre de 1870, la généralisation du prisonnier militaire.
        • Andersonville et les camps de prisonniers (lien / site), amorce d'une brutalisation des populations amérindiennes
        • Presqu'île d'Iges, 'camp de la misère' à l'ouest de Sedan (lien / carte)
      • Train et barbelés. Des Antilles aux Boers (1899-1902 / lien)
        • Cuba sous la poigne d'un général espagnol Valeriano Weyler (1895-97)
        • Malheur aux vaincus : les Afrikaners (lien)
    • c. Expression du totalitarisme soviétique, le système concentrationnaire, naît à la suite de la guerre civile russe. Arrestations de masse; mélange droits communs et politiques. Système de production industrielle
      • L'archipel du Goulag (lien), expression inventée par A. Soljenitsyne à partir de la géographie et d'un acronyme soviétique (administration principale des camps)
        • Le SLON, dans les îles Solovki (lien)
      • Le laogai chinois (lien)
    • e. Camps d'extermination
      • Spécificité de la Shoah (lien). Géographie (lien) et plan d'Auschwitz.
  • B. De la simple prise en charge aux génocides
    • a. L'occupation militaire pendant les guerres mondiales, à l'arrière des fronts (1914 et 1945)
      • Treize départements sous autorité allemande, entre l'automne 1914 et l'été 1918 (lien) : changement d'heure, capture des bâtiments, logement forcé des officiers, pillage systématique des ressources - avec utilisation d'une fausse monnaie - et réquisition de travailleurs. Pour finir, la population de Péronne est déportée (lien)
      • La Rhénanie française en 1918 incarne la Revanche (malgré une Victoire partielle), qui ne cherche pas à gagner l'assentiment de la population civile (lien).
      • L'Europe centrale et orientale libérée en 1945 par l'Armée rouge. 13 millions d'Allemands (= germanophones) fuient les territoires envahis, ou perdent leurs logements (lien et carte
    • b. L'espace nettoyé de ses habitants originels.
      • Au départ, des déplacés.
        • Les 14 et 15 août 1947, les indépendances du Pakistan et de l'Inde officialisent le départ des Britanniques et la séparation inéluctable des communautés : pogroms de 1946, en particulier à Calcutta (lien).
          • De la situation coloniale (1909) aux déplacements de population résultants (lien)
      • ... A l'arrivée, des réfugiés
        • Karachi, métropole née de l'afflux de réfugiés - mohajirs - en deux vagues (guerre entre les 2 Pakistan) et d'un repli identitaire forcé (lien et bilan)
          • Guerre larvée entre groupes armés et forces de l'ordre (lien)
    • c. Urbicide, ethnocide, démocide, politicide
      • Volonté de détruire une ville (lien), comme dans le cas de Sarajevo (lien) au cours d'un siège de quatre ans par les troupes serbes (carte)
      • Volonté de détruite une culture (lien), une population civile (lien) ou un groupe politique (lien)
      • De l'empire Inca (lien) au massacre des Herreros (lien
    • d. Elimination programmée de toute une population : les (autre) génocides
      • Arménie, 1915 (lien)
      • Rwanda, 1994 (lien)
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QUATRIEME PARTIE. Conflit hommes / nature. La Défense nationale. Missions permanentes de l'Armée de terre (territoire et population)
  • A. Le facteur météorologique (et ses risques induits) dans une situation d'homogénéité thermique garantie par la dérive nord-Atlantique (carte). Population française vieillissante dans un territoire tempéré (carte)
    • a. L'anticyclone continental (hivers sibériens)
      • Situation hivernale saisonnière, grâce à la dérive nord-Atlantique (carte) : l'Europe cesse brusquement d'être tempérée. 
      • Crise hivernale récurrente (lien). Au cours de l'hiver 1956 (carte), le froid bloque la circulation et l'approvisionnement électrique (lien / photos)
      • Intervention de l'armée (lien)
    • b. L'anticyclone saharien (étés caniculaires)
      • Menace d'une stabilité anticyclonique. La canicule de 2003 (satellite / lien) créé les conditions d'une crise sanitaire de grande ampleur : l'Ined établit un bilan probable à 15.000 morts (lien)
      • Eté sans pluie et menace de sécheresse : été 1976 (lien
    • c. La fragilité spécifique des régions méditerranéennes
      • Boom touristique, urbanisation étalée, construction pavillonnaire et risque incendie
  • B. Littoraux urbanisés (carte) et risques naturels
    • a. Métropole et outre-mer : des tempêtes hivernales aux cyclones tropicaux
      • La tempête Xynthia en mars 2010 (lien et carte)
    • b. Circulation maritime et Manche périlleuse.  Marée noire...
      • La catastrophe de l'Amoco Cadiz en 1978 (lien)
  • C. Le risque pollution et les catastrophes industrielles
    • a. Concentration des risques. Carte Seveso
      • Le cas des Bouches-du-Rhône (carte)
    • b. Explosion de l'usine AZF au sud de Toulouse, en septembre 2001 (lien).
  • D. Contrôler l'espace ensauvagé et/ou rétablir l'ordre en ville
    • a. La forêt guyanaise, la frontière du Maroni et les missions Harpie contre les orpailleurs (lien).
      • Répartition des ressources aurifères (carte)
    • b. La diagonale du vide et la Gendarmerie nationale (lien et carte)
    • c. Emeutes urbaines (passées et présentes) : mai 1968, les CRS débordés et le romantisme des barricades (lien)

mardi 28 novembre 2017

Cours EMIA 2 - Gris - 2018

Introduction.

. L'extinction de la paysannerie (?) et l'avenir de la ruralité dans le monde.
. La ville, modèle occidental sans frontières ?
. La question du terrorisme (menace / fragilités).
. Les TD en ligne (lien) et le lexique ESM valable pour tous...

*

PREMIERE PARTIE La métropole occidentale. Héritage et transformations 
  • Révolution urbaine ?
    • Sociétés post-industrielles. Tertiarisation, par transformation de l'appareil productif : disparition de la dépendance aux matières premières, quête constante de gains de productivité, rapidité des déplacements, flux tendus et sous-traitance.
    • Sociétés tertiarisées par modification des modes de vie :
      • individualisme ('Ma maison, c'est mon château'),
      • soumission au temps collectif (semaine # week-end) et...
      • développement des loisirs
    • Le défi de la reconversion des friches industrielles ou des quartiers ex-résidentiels :
      • opposition entre réhabilitation et rénovation. Le cas de Detroit.
      • Le logement social à l'heure du retrait de la puissance publique : les grands ensembles (lien)
    • La Chine, atelier du monde (lien) : développement des provinces maritimes et forte croissance des régions métropolitaines littorales...
  • Des centres-villes aux secondes couronnes. Perte de densité et étalement urbain
    • Site et situation
    • Protection du patrimoine (récente).
      • Exclusion de la voiture et muséification. 
      • Vieillissement et embourgeoisement : gentryfication
    • Disparition de l'immeuble et triomphe du pavillon individuel
      • Bourgeoisie ou classes moyennes en première couronne ?
      • Chute des densités. Extensions urbaines et pertes de terres agricoles, dépendance aux transports : les couronnes extérieures. Les sangliers à Berlin.
  • Spécialisation des activités et concentration des risques, homogénéisation sociologique par quartiers
    • L'activité industrielle, indispensable, mais polluante et potentiellement dangereuse
      • L'explosion de l'usine AZF, à Toulouse (en septembre 2001) : dossier
      • En Europe s'applique depuis 1976 la directive Seveso (lien). On dénombre 640 sites sensibles en France (lien) : exemple dans les Bouches-du-Rhône (lien). 
    • Les ghettos urbains. Coûteuse. Chronique d'une appellation contestée (lien)
      • L'installation dans des quartiers homogènes (par recours à la voiture) est la réponse des classes moyennes urbaines à la question raciale aux Etats-Unis (lien) et à l'installation des décolonisés en Europe.
      • La concentration (ségrégation ?) des populations pauvres dans des isolats restreint les opportunités d'ascension sociale : carte scolaire, économie parallèle, violence et dépenses publiques.
      • La nécessaire sécurisation des quartiers a entraîné une profonde transformation des forces de police : militarisation initiée des les années 1960 par les Swat (lien)
  • Modernité, dépendance aux transports, exposition à la contestation sociale (entre autres menaces...)
    • Logements : des besoins grandissants en même temps qu'un secteur économique à part entière (lien).
      • La cellule familiale à l'heure de la dé-cohabitation.
      • Le vieillissement de la population occidentale : exemple de la pyramide des âges française (lien).
    • Transports en commun contre transports individuels.
      • La surveillance des nœuds de communication fait oublier la saturation des réseaux routiers. Exemple de Thanksgiving à Los Angeles (lien)
      • Dépendance énergétique.
    • Centres-villes connectés, centres-villes transformés en cibles.
      • Les tours s'effondrent en septembre 2001, les lieux fréquentés deviennent dangereux la nuit du 13 novembre 2015. A Nice, le 14 juillet 2016, un camion fait des ravages sur la Promenades (lien)
      • Le risque insurrectionnel : Los Angeles en 1992
*

DEUXIEME PARTIE Métropolisation et risques naturels (lexique)
  • Dans un contexte d'extension des zones urbanisées, le risque d'incendie s'accroît. Il est saisonnier, dans le sud de la France, mais s'aggrave cependant pour des raisons physiques et humaines...
    • L'accélération du réchauffement climatique et l'évolution paysagère...
      • Retour d'étés secs, chauds et venteux : anticyclone des Açores (lien).
      • Extension du domaine forestier - près de 17 millions d'hectares en 2016 - et déprise agricole.
    • Les zones urbaines s'élargissent en périphérie, se combinant avec la construction de résidences secondaires.
      • En PACA, elles représentent un logement sur six (lien). Dans le même temps, les moyens mis en place sont soumis à des contraintes budgétaires strictes (lien).
    • Le risque (lien) s'accompagne d'une difficulté à intervenir. Exemple à Los Angeles (lien)
  • Littoralisation et accélération du réchauffement climatique
    • Révolution du commerce international par maîtrise technique (gigantisme naval) et construction d'infrastructures (canal de Suez). 
    • Développement d'une économie basée sur le tourisme balnéaire et la grey economy. Phénomène précoce mais connaissant une accélération récente...
      • L'histoire de la Sunshine Coast face à l'océan Pacifique et ses tempêtes tropicales.
      • Le vieillissement des littoraux français (lien) se révèle douloureux lors du passage de Xynthia (lien).
    • L'élévation du niveau marin et l'occurrence d'événements catastrophiques contrarie la littoralisation; en théorie seulement (lien).
  • Vallée urbanisée, habitat et activités en zone inondable.
    • Axes de communication, déclin de l'agriculture artisanale et maraîchère, pression foncière en agglomérations.
      • En plaine. La vallée du Mississippi - et de ses affluents (Ohio et Tennessee) dans la guerre de Sécession (lien)... De l'axe de transport à l'irrigation dans les grandes plaines (lien).
      • Vallée encaissée, entre des plateaux. La Durance bordée par le plateau de Valensole (lien), bouleversée par la construction du barrage de Serre-Ponçon (lien)
      • Vallées montagnardes. L'accident du 12 décembre 1917 à St-Michel de Maurienne (lien). La concentration des activités demeure (diapos).
    • Multiplication des aménagements (entre l'amont et l'aval) et fossilisation des chenaux d'écoulements. 
      • Profil en long (pente) : de l'érosion au comblement du niveau de base (lien). Profil en large (lits mineur et majeur). Terrasses
      • Construction de barrages, endiguement et aménagements hydrauliques combinent trois exigences successives et parfois contradictoires : produire, irriguer et protéger (lien).
      • Pression urbaine et construction en zone inondable : berges et littoraux... En Allemagne à Magdebourg en juin 2013 (lien).
    • Risques saisonniers prévisibles contre crues soudaines 
      • Courbe de concentration des crues en cas de précipitations saisonnières. Hautes eaux du Nil (lien).
      • Le cas spécifique des zones à saisons arides et pluies concentrées : en Méditerranée, à Vaison la Romaine (en septembre 1992)
  • Concentration des populations (Méditerranée, Japon, Californie) en zone sismique

TROISIEME PARTIE Les métropoles émergentes
  • Exode rural et dynamiques de développement
    • Question de la propriété et problématiques agricoles : 
      • Le Mexique de la révolution : lente redistribution finalement problématique (lien)
      • L'Egypte et l'abolition du nassérisme agraire, en 1992 (lien)
    • Transition démographique mais absence de secteurs industriels 
      • Le Mexique et l'émigration transfrontalière
      • La population égyptienne continue de croître fortement (lien)
    • Violence spontanée contre structures politiques prônant la lutte armée.
      • Gangs mexicains à Monterrey, 5 millions d'habitants (lien).
      • Frères musulmans : idéologie anti-laïque, pour paysans du delta du Nil, anti-occidentale (lien)
  • Marges urbaines, sous-emploi, violence et marginalité
  • Urbanisation chaotique, mais apparition des classes moyennes
    • Bidonville, jeunesse désocialisée et économie parallèle (en Inde)
    • Problématique de transport. Approvisionnements (en Indonésie)
    • Modèle indien contre modèle chinois
*

QUATRIEME PARTIE. Les déserts
  • Une réalité physique et humaine
    • Aridité (sauf pour les régions équatoriale). Pluviométrie (inférieure à 200 mm de précipitations, amplitude thermique et absence de sols structurés.
    • Vide démographique. Habitat permanent contre population itinérante. Chasse et pêche contre élevage et commerce. Cultures rares, sur brûlis ou à proximité de la source (oasis
    • Désert et religion (lien)
      • Les Textes et les prophètes...
      • L'Islam, une religion de nomades qui aspirent à fonder des villes (carte), qui laisse se développer dans les périphéries désertiques des hérésies, mais qui renaît dans le désert : Almoravides, Wahhabites  
    • En périphérie du monde, les populations du désert répondent plus souvent par le nihilisme (auto-)destructeur que par l'affirmation de leur identité (Nunavut)
  • Géopolitique des frontières
    • Oubliés des hommes, chéries des explorateurs à la recherche de civilisations disparues (de l'Egypte nilotique disparue aux cités mayas abandonnées) ou d'un improbable Eldorado...
    • Les déserts revêtent un triple intérêt :
      • stratégique (l'Arctique pendant la Guerre froide),
      • politique (la selva dans le bassin-versant de l'Amazone), et...
      • économique, du fait des multiples ressources minières/forestières exploitables : malgré les conditions d'extraction et d'acheminement 
  • Typologie. Déserts chauds, froids et équatoriaux
    • Facteurs climatiques de l'aridité
      • Continentalité (et barrières orographiques), stabilité anticyclonique et courants froids font oublier que...
      • La désertification est un processus dynamique dans une période de réchauffement (Espagne); pas pendant les périodes de glaciation (Sahara).
    • Facteurs géographiques du froid
      • Altitude dans les zones montagneuses, en vertu du gradient thermique universel : diminution d'un degré tous les 170 m
      • Hautes latitudes, dans lesquels l'inclinaison des rayons solaires par rapport au sol et l'épaisseur d'atmosphère traversée empêchent toute élévation durable des températures
    • L'équateur géographique compte moins que l'équateur climatique : zone de convergence inter-tropicale...

samedi 30 septembre 2017

"Le pivot géographique de l'histoire", ou le naufrage d'Yves Lacoste



   Celui que beaucoup révèrent un peu vite comme le père de la géopolitique française m'a accompagné par l'esprit pendant de nombreuses années; sans le savoir, bien entendu. Je lui dois des ouvrages stimulants, comme son Dictionnaire ou son ouvrage sur la Méditerranée. La revue Hérodote m'a également longtemps servi - comme abonné puis comme simple lecteur - dans la préparation des concours et cours, ou dans l'éveil à des problématiques les plus diverses.

Il y a eu néanmoins un double non-dit qui entre-mêlait cette sorte de compagnonnage intellectuel (sans contact d'aucune sorte, faut-il le préciser) et m'empêchait de me rapprocher davantage de ce qui est devenu une école organisée autour des productions et écrits du professeur aujourd'hui en retraite...


  • le premier non-dit tenait aux options premières du jeune universitaire né au Maroc, observateur des bouleversements du monde de l'après-1945, enthousiaste vis-à-vis de ce que certains analysaient comme la revanche du Tiers-monde à l'issue des guerres de décolonisation, frisant avec l'anti-américanisme des anti-impérialistes lors de la guerre du Vietnam. Le nationalisme mâtinée d'internationalisme de Lacoste m'a d'abord paru vieillot. Il me paraît désormais - au mieux - contestable (source).

  • Le second non-dit venait du contexte. En quelques décennies, la géographie a déserté les médias grand public - à l'exception notable du Dessous des cartes - et a subi un rétrécissement drastique : confinement dans les programmes d'histoire-géo du primaire & secondaire, relégation de la topographie des enseignements, dégagement de la géographie physique au profit des Sciences de la vie et de la terre.

   La revue Hérodote et son chef de file Yves Lacoste ne m'auraient pas convenu que le résultat n'aurait pas varié, du point de vue de son impact et de son utilisation ! Dans une oasis isolée au milieu du désert, on ne fait pas la fine bouche sur la couleur de l'eau puisée. Par respect pour un homme d'une autre génération, je n'ai en outre pas cherché à m'insurger contre une forme de monopole des géographes lacostiens, coincés entre les sociologues et les spécialistes des Relations Internationales.

L'envie de parler de tout et dans le feu de l'actualité, a produit une banalisation et une distorsion méthodologique qui ne m'ont pas échappé. Mes réserves se sont accumulées, qu'il s'agisse du maître ou de ses disciples : sur les relations entre Europe et Russie, sur la question post-coloniale (l'Allemagne et les Etats-Unis exclus de toute comparaison avec la France pour traiter des problèmes de l'immigration), sur  la Libye du guide Kadhafi, ou encore sur l'analyse récente du vote FN. La liste dépasse ces quelques exemples, mais le résultat souffre au minimum la discussion. Rien de grave que cette ultime évolution : on ne peut pas être et avoir été, et l'opinion d'autrui m'indiffère du moment qu'elle ne me censure pas.

   Restait que je n'avais pas lu l'article d'Yves Lacoste sur le 'Pivot géographique de l'histoire', lecture critique de la célèbre conférence donnée par le Britannique Halford John Mackinder à la Société Royale géographique de Londres, en janvier 1904. C'est désormais chose faite, après lecture dans le langue originelle du texte-support : ici en français chez Egea. Avec retard (2012), je ne décolère pas. La faute apparaît énorme, dès les premières lignes... L'octogénaire français introduit en effet son pamphlet en plaçant sur un pied d'égalité son oeuvre ('l'école française de géopolitique' - sic -) et celle du Britannique aux résonances quasi universelles.

Que le maître à penser écrive dix ans avant le déclenchement de la Première guerre mondiale ne semble pas effleurer l'esprit du critique. En 1904, la météorologie moderne continue de tâtonner, les avions volent tout juste, et Wegener n'a pas encore conçu sa théorie sur la tectonique des plaques; les grandes découvertes s'achèvent, mais la classification biogéographique des milieux n'est pas achevée. Au plan idéologique, Mackinder suit sans doute la montée en puissance des nationalités perdues dans des territoires trop vastes (sur les bords de la mer de Chine), insérées dans des structures géopolitiques défaillantes (l'empire Ottoman) ou étouffées à l'intérieur d'empires eux-mêmes tiraillés par des tensions sociales (Russie ou Autriche-Hongrie). Mais en 1904, le sultan du Maroc n'a pas encore perdu son trône, les Balkans restent sous le joug d'Istanbul et l'empire Britannique ne connaît pas de rival.

   Ne pas rappeler ce contexte ne fait pas que nuire au propos général, il fait courir le risque à Yves Lacoste de se voir reprocher une jalousie ridicule, en même temps qu'une fièvre accusatrice digne d'un procureur obtus. Certes, il rend un hommage appuyé au principal traducteur et commentateur français (le regretté Hervé Couteau-Bégarie) de Mackinder, mais cette attention notable ne suffit pas; elle tombe même en porte-à-faux! Si Couteau était un penseur éminent, pouvait-il estampiller comme majeur ce géographe que Yves Lacoste discrédite dans l'intégralité de son article ? La contradiction saute aux yeux. A plusieurs reprises, le simple procès d'intention remplace même la simple opposition d'idées.

*

   Géographie physique à la petite semaine. Mackinder s'appuie sur les connaissances de son temps pour évoquer les milieux naturels de la Russie d'Europe et ses franges méridionales. Car il veut démontrer l'association entre sols (légers), végétations (herbeuses) et pratiques. Qu'elles fussent pastorales ou guerrières, elles s'étendaient sur de si vastes surfaces qu'elles recouvrait une partie importante de l'Asie, du foyer de peuplement Han (ethnie majoritaire chinoise) jusqu'au Danube : l'Eurasie turco-mongol. Imprécis, le constat de Mackinder demeure parlant aujourd'hui, bien qu'il omette par exemple la toundra n'apparaît pas, au nord de la forêt de conifères, de part et d'autre du Cercle polaire arctique. Yves Lacoste ne se satisfait pas de l'idée générale et cherche indûment la petite bête. Oui, il y a aussi des chaînes montagneuses fermant la steppe au sud (Caucase, Pamir, etc.) mais on pourrait signaler de très nombreux littoraux - oubliés par le malencontreux (1) redresseur de torts - : ceux de la mer d'Aral, de la Caspienne ou de la mer Noire.

   Les grandes invasions sont le deuxième cheval de bataille de notre géopoliticien national. Après avoir cité largement Mackinder dans le texte, il aurait pu remarquer que la liste fastidieuse de tous les peuples - depuis les Celtes jusqu'aux Magyars en passant par les Huns - alourdit le propos de l'auteur. Il préfère relever des manques : les Varègues ont fondé Kiev; dont acte. Mais Mackinder ne mentionne pas davantage les Vikings en Angleterre ou à Paris, les Vandales qui traversent Gibraltar et envahissent l'Afrique du nord. Dans la moitié occidentale du plus grand de tous les continents - et depuis des millénaires - des vagues de peuplement se sont succédées. N'est-il pas important de savoir leurs modes de déplacement, ou - pour être plus précis - de connaître le cheval source de toutes les anciennes mobilités ?

Lacoste assène en vieux grincheux que le Britannique n'a pas proclamé la supériorité du cavalier Hun sur le chevalier chrétien, a tu l'invention de l'étrier et le génie stratégique des souverains des steppes. Il est plus simple en 2012 de décerner des couronnes qu'en 1904, quand on dispose du fruit des recherches historiques et des fouilles archéologiques. Ces dernières ont révolutionné les idées reçues longtemps véhiculées sur les Barbares nomadisant dans le centre de l'Asie ! S'ensuit une attaque délirante du concept central de l'intervention de Mackinder : le Heartland. L'expression jouerait sur le double sens de cœur, posant à Yves Lacoste un état d'âme. (2)

Non seulement il n'y a pas d'anachronisme mais le mauvais contradicteur s'enferre. Il aurait souhaité une meilleure définition des 'bordures de la plaque eurasiatique', citant ensuite les grandes chaînes de montagnes (Alpes, Himalaya, etc.) et les foyers de peuplement chinois et indiens. Mackinder proclamerait la supériorité des navigateurs européens et la marginalité des peuples asiatiques abordés par voie maritime au XVIème siècle, via le Cap de Bonne-Espérance et l'océan Indien. A une complète imprécision, Yves Lacoste ajoute par conséquent un contre-sens. Heartland se situe hors d'Europe, à l'Est de l'Oural : c'est donc une projection - certes discutable - de 5 à 10.000 ans d'histoire continentale, telle qu'elle était connue en 1904 !

Dans la deuxième moitié, le ton s'adoucit heureusement. Mackinder a excessivement simplifié l'expansion impériale russe à partir de la Renaissance. Son critique français s'en donne donc à cœur joie pour relever les oublis. Lui-même gomme à la fois la dimension culturelle et religieuse du tsarisme, réinterprétation russe de l'Empire byzantin (lui-même prolongation de l'Empire romain) et modèle auto-proclamé d'un royaume chrétien luttant contre l'Islam turco-mongol conquérant :

  • l'importance de la taïga, refuge pour les Russes - sujets des Mongols - dans la seconde moitié du Moyen-Âge, avec l'interaction féodale tardive qui en résulte (les serfs peinent à s'affranchir, dès lors que les seigneurs assurent leur protection dans un environnement hostile)
 
  • le rôle des Cosaques comme supplétifs de l'armée tsariste. Ils contiennent puis repoussent les tribus nomades des steppes, et sédentarisent dans les stanitsas  : villages fortifiés destinés à la colonisation agricole.
 
  • le facteur démographique. Les Russes dépassent en population les Français dès le début du XVIIIème siècle


*

   Conclusion. Yves Lacoste reconnaît en fin de compte à son adversaire le droit d'échafauder une thèse. C'est évidemment pour la démonter dans ses attendus comme dans ses développements. A cela je ne peux rien faire d'autre que de constater la part de mauvaise foi du Français. Bien sûr, les Britanniques chantent Rule Britannia et se reconnaissent comme seul animal fétiche le lion roi des animaux : est-ce la faute de Mackinder ? Il ne suffit pas de lui opposer "l'immense géographe" (sic) Elysée Reclus pour balayer des faits têtus. Le pivot géographique a été reconnu comme un postulat important dans l'histoire contemporaine...

Quels sont-ils - ces mérites - pour rendre à César ce qui lui appartient, et à Mackinder ce qu'il a proposé ? A la veille de la Première guerre mondiale, la Russie représente l'exemple d'une puissance géopolitique totale; peu importe la définition exacte donnée à l'expression pivot. Quoi qu'en disent les esprits chagrins, la puissance maritime britannique est en train de passer tragiquement : rivalités coloniales et commerciales, montée en puissance industrielle continentale. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, l'économie russe connaît une phase de transformation comparable à celle que l'on observe au même moment aux Etats-Unis. Dans ce dernier cas, une dizaine de millions de migrants ont apporté à leur pays d'accueil ce que le croît naturel a produit dans l'empire des tsars Alexandre II, Alexandre III et Nicolas II.

   L'expansion territoriale de la Russie se fait continue et multidirectionnelle, aux dépens de la Suède (Finlande et Estonie), des pays Baltes, de la Pologne, des empires Centraux et enfin de l'Empire ottoman (sur les littoraux de la mer Noire et au Caucase). Sans doute le géographe britannique n'en détaille pas tous les aspects comme on peut le faire avec le recul aujourd'hui. Je ne juge plus nécessaire de revenir sur le reste du papier d'Yves Lacoste qui consacre ses derniers paragraphes à fustiger le Mackinder de l'après-1918 (lui ou ses commentateurs); ce qui ne convient pas à l'idée d'une critique limitée de la thèse du pivot géographique. En 1914, Berlin précipite l'Allemagne et ses alliées dans un engrenage catastrophique et presque sans fin : une guerre sur deux fronts.

On commentera sans fin les circonstances du conflit mondial à l'été 1914 (simultanéité Ouest/Est de l'effort militaire allemand) et les erreurs stratégiques commises. L'Empereur Guillaume II prend des risques excessifs, parce qu'il estime qu'il y a péril en la demeure. Le Heartland continental menace dans son existence même l'Allemagne; c'est en tout cas ce qu'il pense, opinion partagée à la Cour, très probablement. Mackinder avait donc raison, malgré un argumentaire parfois bien léger, n'en déplaise à Yves Lacoste...


  • (1) "C’est à ces dernières [... les steppes] qu’il porte presque exclusivement attention, sans pour autant noter qu’elles s’étendent d’est en ouest pour l’essentiel sur un très vaste ensemble de grandes plaines et de plateaux, ce que de nos jours les géologues appellent la plaque eurasiatique" / Yves Lacoste commet lui-même une confusion. La plaque eurasiatique représente une unité géographique résultant de la tectonique des plaques, sans rapport avec les reliefs de surface; ainsi, on trouve la chaîne himalayenne autant que la plaine russe, les plateaux sibériens ou les monts Oural.
  • (2) "le mot heartland a une profonde connotation sentimentale (notamment aujourd’hui aux États-Unis à titre publicitaire)"